Les actions d’éducation aux images que l’on mène s’adressent principalement à des jeunes de 11 à 25 ans, sur différents temps (scolaire, hors temps scolaire, festival). Le choix de ces publics est assez simple : ce sont souvent celles et ceux qui ont le moins accès aux images, aux œuvres et aux espaces de débat, alors même qu’ils et elles y sont confronté·e·s en permanence.
Dans les faits, je suis rarement en lien direct avec les publics dès le départ. L’accès se fait presque toujours via des intermédiaires, qui jouent un rôle clé pour toucher les bénéficiaires finaux.
Publics scolaires : passer par les enseignant·e·s
En milieu scolaire, l’entrée se fait principalement par les enseignant·e·s, parfois par l’administration ou via le Pass Culture. Les projets naissent souvent d’une envie pédagogique précise, autour d’un film ou d’une thématique, à partir de laquelle je construis des parcours adaptés, parfois avec la création de kits pédagogiques.
Même si ce sont des publics captifs, l’engagement des élèves dépend énormément de l’implication des enseignant·e·s. La pérennité des actions tient souvent à leur motivation, à leur capacité à préparer les élèves en amont et à faire vivre le projet après notre intervention.
Il en va de même pour les masterclass ou les séances scolaires que l’on programme durant le festival Musical Ecran en novembre : le relai, le lien se fait toujours grâce à un.e enseignant.e.
Publics empêchés : le rôle essentiel des relais de terrain
Pour les publics empêchés, notamment en QPV ou en milieu carcéral, je passe toujours par des relais facilitateurs : maisons de quartier, associations locales, salles municipales, équipes d’animation ou référent·e·s culturels. Ce qui peut parfois être compliqué en fonction de l’implication de chacun.e
En QPV, les projets se construisent grâce à des contacts déjà existants (par exemple à la Bastide-Benauge ou au Grand Parc quartier sur lequel on intervient depuis des années avec le festival Bordeaux Rock et les projets Passeurs d’Images), en lien avec des associations de quartier. En milieu carcéral, les actions passent par des structures ressources comme l’ALCA et par les professionnel·le·s sur place, notamment les animatrices en quartier mineur.
Ce travail de réseau est indispensable : sans ces partenaires, il serait impossible d’atteindre les publics. On essaie aussi d’élargir l’impact des projets en invitant les jeunes à faire venir leurs proches (ami·e·s, familles, habitant·e·s du quartier) lors des restitutions ou événements, afin que les actions ne restent pas cantonnées aux seul·e·s participant·e·s, on essaie également de penser à des ateliers qui seraient intergé.
Présence sur le terrain et lien direct
Je suis présente en coordination sur l’ensemble des temps forts : ateliers, événements, restitutions. Être au contact direct des jeunes est essentiel pour créer un lien de confiance, favoriser l’adhésion et permettre une vraie dynamique de groupe, même si c’est compliqué d’être sur tous les fronts !
Mon rôle se situe souvent à l’interface : je fais le lien entre la conception du projet, les intervenant·e·s artistiques, les médiateur·rice·s et les publics. Cette position permet d’ajuster en permanence les projets aux réalités du terrain.
Un vrai point de difficulté reste le retour direct des publics après les actions. Les feedbacks passent le plus souvent par les animateur·rice·s ou les enseignant·e·s, et rarement de manière formalisée par les participant·e·s eux·elles-mêmes. Même si je tiens toujours à ce qu’on fasse un débrief tous.tes ensemble à chaud après chaque ateliers et restitution.
En revanche, les effets indirects sont souvent très parlants. Certains projets déclenchent des initiatives autonomes au sein des établissements. Par exemple, suite à la diffusion du film Des Femmes face aux missiles de Sonia Gonzalez, un lycée a lancé une gazette féministe autour des femmes dans l’histoire, ce qui a ensuite donné lieu à une conférence réunissant la réalisatrice et moi-même. Et c’est vraiment ce qu’on recherche, que les docus que l’on proposent et que les échanges qui ont lieu, fassent mûrir des réflexions et fassent émerger de nouvelles initiatives afin de développer la parole.
On essaie également le plus possible de produire régulièrement des supports vidéo (montages réalisés a posteriori) que les enseignant·e·s peuvent réutiliser, afin de prolonger les actions dans le temps et de permettre aux jeunes d’avoir un regard sur ce qu’ils ont produit et sur la ou les journées qu’ils ont passé.
C’est vraiment très important de créer du lien entre chaque acteur.ice du projet afin qu’il fasse sens pour chacun.e et encore plus pour les jeunes.