La discussion fait émerger un constat central : la formation est jugée essentielle par tous les intervenants, mais elle est menacée par des contraintes budgétaires croissantes et des inégalités territoriales importantes. La mutualisation semble être une des voies.
1. Un constat d’inégalité territoriale (Sébastien)
Sébastien aborde la question de la formation des enseignants dans le cadre des dispositifs scolaires, notamment « Ma classe au cinéma » et « Lycéens au cinéma ». Il souligne que l’offre de formation pour les enseignants est très inégale selon les régions : dans certaines, aucun jour de formation n’est proposé, ce qui complique considérablement le travail des coordinateurs sur le terrain.
Concernant les académies de Poitiers et Bordeaux, il note qu’il y a encore « la chance » de disposer de beaucoup d’heures de formation, mais que cette situation est en danger en raison de la baisse constante des budgets. Il mentionne la nouvelle loi de finances, avec le retrait d’un milliard d’euros à l’Éducation nationale pour la formation. Sa conclusion est sans équivoque : la formation est essentielle.
2. La formation des enseignants et la pré-professionnalisation des étudiants (Julien)
Julien, qui a suivi « Lycéens au cinéma » dans l’académie de Poitiers (où le rectorat suivait les stages) et qui travaille aujourd’hui sur « École et cinéma » dans la Vienne, fait un constat alarmant : il n’y a plus du tout de formation au cinéma inscrite au PAF (Plan Académique de Formation) dans son département. Conséquence directe : les enseignants ne se déplacent pas sur leur temps libre et à leurs frais pour se former.
En parallèle, Julien décrit un volet formation riche développé dans le cadre du Poitiers Film Festival, orienté vers la pré-professionnalisation de jeunes adultes et étudiants :
- Ateliers médias / radio : avec une intervenante radio, les étudiants apprennent à utiliser un micro, découvrent les formats radiophoniques au cours de 3 sessions de formation, puis deviennent bénévoles durant le festival pour produire des sujets radio. Cette formation s’inscrit dans des parcours de communication et journalisme, mais reste ouverte à d’autres filières.
- Étudiants de langues : ils participent à l’interprétariat pendant les séances, notamment pour des films projetés dans leurs langues d’étude.
- Étudiants en école de communication : ils créent des visuels pour des séances jeune public, ce qui représente une production utile à moindre coût pour le festival (même si cela prend du temps) et contribue à leur formation professionnelle.
- Partenariat inter-festivals (Poitiers, La Rochelle, Brive) : un projet de formation à la critique de cinéma a été monté en partenariat entre les trois festivals, incluant aussi un volet communication (publications Instagram, travail avec la chargée de communication du festival de La Rochelle).
3. La formation hors-temps scolaire et le champ social (Pauline)
Pauline se concentre sur la formation des professionnels de l’éducation aux images et du champ social, en dehors du temps scolaire. Elle décrit deux types de formations :
- Des journées de formation départementales, organisées avec une matinée consacrée à la théorie et un après-midi dédié à des ateliers de pratiques et des temps d’échange. Elle souligne que ces temps d’échange entre professionnels sont rares, ce qui renforce leur valeur.
- Des journées de formation spécifiques « Des cinés, la vie ! », destinées aux professionnels de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Ces journées visent à préparer les professionnels à analyser les films avec les jeunes. Elles permettent une mutualisation entre trois structures : la PJJ, la FRMJC et les Yeux Verts.
4. La mutualisation des moyens de formation (Marine)
Marine présente une expérimentation en mutualisation de moyens, à travers une formation à la table mashup réalisée en partenariat avec Ciné Passion 16. Cette formation, qui a eu lieu début février, a rempli ses 12 places, ce qui témoigne d’un réel besoin. Elle a répondu à un double besoin en réunissant des publics variés : enseignants, animateurs et bénévoles.
5. Un enjeu de mutualisation souligné par ALCA (Aurore)
Aurore conclut en soulignant l’intérêt de voir émerger de la mutualisation dans la formation, thème transversal qui parcourt l’ensemble des contributions.
Enseignements transversaux
Trois grands enjeux se dégagent de cet échange :
- La menace budgétaire sur la formation institutionnelle : la disparition progressive des formations inscrites au PAF et les coupes budgétaires de l’Éducation nationale fragilisent un pilier essentiel de l’éducation aux images en temps scolaire.
- L’inventivité des acteurs de terrain : face à ces contraintes, les professionnels développent des formes alternatives de formation, en s’appuyant sur les festivals comme espaces de pré-professionnalisation et sur les partenariats inter-structures pour mutualiser les moyens.
- La mutualisation comme réponse stratégique : qu’il s’agisse de croiser les publics (enseignants, animateurs, bénévoles), de partager les coûts entre structures (PJJ/FRMJC/Yeux Verts) ou de monter des partenariats inter-festivals, la mutualisation apparaît comme la principale réponse à la raréfaction des moyens dédiés à la formation.