Plaidoyer

Dans mon quotidien, je défends le principe même des politiques publiques pour le soutien aux actions d’éducation aux images. Je suis davantage donc sur des aspects de "plaidoyer" que de réelle définition. Les politiques culturelles qui favorisent l’éducation aux images sont des politiques d’émancipation par l’expérience artistique. Elles reposent sur une conviction profondément politique : on « forme » des regards libres par la rencontre réelle avec les œuvres, avec un rapport vivant aux artistes, et la possibilité de faire soi-même.
L’éducation aux images ne se limite pas à l’analyse des contenus, elle engage une expérience de l’œuvre et de sa création. Ce rapport sensible à l’art est un préalable à une appropriation critique. Et cette expérience ne s’arrête pas au regard, elle se prolonge dans la pratique, dans le faire, dans l’expérimentation collective des gestes de création. Cette pratique permet de comprendre de l’intérieur les choix artistiques, de mesurer les contraintes, les libertés et responsabilités de l’acte de création et de passer d’une position de spectateur passif à celle de personne active.
L’éducation aux images s’appuie sur quelques principes. L’œuvre n’est pas un simple support pédagogique, mais un acte de création autonome ; l’artiste n’est pas un médiateur neutre, mais une personne qui porte un regard singulier sur le monde ; la rencontre avec une œuvre est une expérience fondatrice, irréductible à une utilité ou un usage ; la pratique artistique n’est pas seulement une occupation, mais une expérience de pensée par le geste. La rencontre avec les artistes et la pratique partagée de la création ouvrent un espace où se tromper est possible, essayer est encouragé, seul le collectif permet l’action, la parole circule à partir de l’expérience vécue. C’est précisément parce que l’on se confronte à la création, que l’œuvre touche, déplace, interroge, qu’elle ouvre ensuite un espace de parole, de réflexion et de débat en liberté.
L’éducation aux images s’articule autour de trois dimensions indissociables : l’expérience esthétique et sensible, la rencontre avec les artistes et les processus de création, la construction de l’esprit critique et de la capacité d’interprétation. Elle vise la formation du regard, comme capacité à ressentir, à comprendre, à questionner et à situer les images dans leur contexte de production, de diffusion et de réception.
Dans la continuité des principes de l’éducation populaire, on pourrait affirmer que dans les démarches d’éducation aux images, chacun et chacune est légitime face à une œuvre, il n’existe pas de regard « juste » qui s’imposerait, mais des regards à construire et à confronter, la culture n’est pas un capital réservé à quelques-uns, mais une expérience à partager. L’éducation aux images s’inscrit dans une conception de la culture qui n’est pas descendante, pas prescriptive, mais une culture partagée, discutée, appropriée. Fidèle à cet héritage de l’éducation populaire, l’éducation aux images privilégie les démarches collectives et valorise la parole des participant·es, en articulant pratique, analyse et échange et en reconnaissant les savoirs issus de l’expérience.
L’éducation aux images est aussi une réponse politique à la société des images. Le contexte est marqué par la concentration des médias, la standardisation des récits, la viralité des images sans médiation, l’instrumentalisation émotionnelle de l’information, l’éducation aux images est un des outils de construction d’une conscience et d’une responsabilité citoyennes.
La capacité à produire des images libres, diverses et exigeantes n’a de sens que si elle s’accompagne de la capacité collective à les regarder, les comprendre et les discuter.
Si l’éducation aux images s’adresse à certaines personnes en particulier (jeunes, scolaires, personnes empêchées, etc.) ce n’est pas par ciblage « compassionnel », mais par exigence d’égalité réelle. Elle cherche à former des citoyens capables de débat, de distance critique et de création et non pas à formater des publics.